Eve Bain représente la Nouvelle-Zélande au programme LabCitoyen [en]

La troisième édition du programme LabCitoyen se déroule à Paris du 5 au 15 juillet 2015. Y participeront 81 représentants, âgés de 18 à 28 ans, de 53 nationalités différentes et impliqués dans des actions en faveur des droits de l’homme et de la défense des libertés. Élaborée en vue de l’organisation à Paris de la COP21, l’édition 2015 est consacrée au thème « Les droits de l’homme face aux défis de l’environnement ».

Eve Bain, jeune étudiante en droit à Victoria University a été retenue par un comité de sélection franco-néo-zélandais pour représenter la Nouvelle-Zélande à cette nouvelle édition. Nous l’avons rencontrée à quelques jours de son départ pour Paris.

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(L - R) : Mr Raphaël Isnard, Cooperation attaché, Eve Bain, Mr Patrick Coustance, Attaché for French Language Teaching,

Eve, tu porteras bientôt les couleurs de la Nouvelle-Zélande lors de la prochaine édition du programme LabCitoyen à Paris, parle-nous de ton parcours et des raisons qui t’ont poussée vers la question des droits de l’homme.

C’est à l’âge de 14 ans que j’ai décidé que je me dirigerai dans cette voie après avoir participé au programme Modèle des Nations Unies organisé en Nouvelle-Zélande par UN Youth. Cette première confrontation à la question des droits de l’homme a été une vraie révélation pour moi. Le thème, cette année-là, était la déforestation mais nous avons aussi abordé tout un tas d’autres sujets internationaux. Après cette conférence, j’ai donc décidé de me diriger vers un cursus combinant droit, langues et relations internationales.

Plus tard, j’ai eu la chance de participer à l’édition internationale du Modèle des Nations Unies qui se déroulait à La Hague où nous avons notamment visité la Cour Internationale de Justice et rencontré Sir Kenneth Keith, premier et unique juge néo-zélandais nommé à la CIJ. Sir Keith est la preuve que les Néo-Zélandais peuvent aussi avoir leur place dans les instances internationales, tout comme Helen Clark à l’ONU.

Par la suite, je souhaite moi aussi me spécialiser dans le droit international. C’est dans cette optique que j’ai commencé à apprendre le français, notamment parce que dans les institutions internationales comme les Nations Unies, les langues d’usage sont l’anglais et le français (même si à l’ONU, il y a six langues officielles).

Autre exemple, dans les tribunaux internationaux, toutes les décisions sont rédigées en français. Dans le cadre de mes études, je me rends compte aussi que beaucoup d’articles de références sont disponibles uniquement en français. Et puis, c’est aussi la gastronomie et la culture françaises qui m’ont donné envie d’apprendre la langue. Pour moi, parler une autre langue, c’est vraiment comprendre la culture et la perspective d’un autre peuple.

C’est une des raisons qui m’a incitée à candidater pour LabCitoyen. C’est simple, tous mes intérêts sont réunis dans un seul programme : le français, le droit, le dérèglement climatique et en plus, c’est à Paris.

Le sujet des droits de l’homme aussi m’inspire beaucoup. Je considère d’ailleurs qu’ils sont le fondement du droit international avec la signature en 1948 de la déclaration universelle des droits de l’homme. C’est là un exemple clair que divers pays du monde peuvent coopérer !

Le programme LabCitoyen porte sur les droits de l’homme et plus spécifiquement cette année sur « Les droits de l’homme face aux défis de l’environnement », quel est selon toi l’impact du changement climatique sur les droits de l’homme ?

C’est très important de voir le problème du dérèglement climatique comme directement lié à la question des droits de l’homme : le climat peut paraître comme un concept abstrait donc observer les conséquences du dérèglement climatique sur chacun d’entre nous –pas uniquement les populations les plus vulnérables- nous permet de mieux appréhender la réalité du phénomène. C’est ce qui va nous amener à agir !

On observe aujourd’hui une recrudescence de catastrophes naturelles, de sécheresses résultant en famines qu’on attribue au dérèglement climatique. Le phénomène a donc un impact direct sur le droit à la vie, un droit universel et inaliénable.

Outre la question du droit à la santé et à la vie, le droit à l’autodétermination se voit aujourd’hui bafoué à cause du changement climatique et notamment dans la région Pacifique où l’augmentation du niveau de la mer met en péril les peuples insulaires. Prenons l’exemple des Kiribati dont les autorités doivent prévoir l’évacuation de leur population et qui dans cette optique ont acheté des terres sur une île de l’archipel des Fidji. Dans ces circonstances, comment le peuple des Kiribati peut-il disposer de son droit à l’autodétermination tel qu’il est reconnu par le droit international ?

Nous sommes donc face à ce problème inévitable lié au changement climatique et il est urgent aujourd’hui que la communauté internationale identifie les droits qui sont en jeu et apporte des solutions conformes au cadre du droit international et qui respectent les droits des peuples relogés.

Quelles autres conséquences du changement climatique peut-on observer en Nouvelle-Zélande ?

Plus généralement, la Nouvelle-Zélande a la réputation d’être propre et verte, c’est une partie de notre identité nationale mais c’est aussi la base de notre réputation internationale et nous en avons fait la marque de la Nouvelle-Zélande !

Les Néo-Zélandais ont peur qu’une révision de notre modèle économique, nécessaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ne soit catastrophique pour notre économie. Mais si nous ne faisons rien, quel sera le coût de notre inaction pour les générations futures ?

Si nous souhaitons continuer de bénéficier de notre image de pays vert et responsable, il nous faut agir !

Je pense donc que la Nouvelle-Zélande doit faire une promesse de réduction de nos émissions et inscrire cette promesse dans le cadre légal afin que ce soit un objectif contraignant.

Mais ce n’est qu’une étape. Nous avons des chiffres très positifs sur lesquels nous pouvons encore construire : 60% de notre consommation énergétique est issue d’énergie renouvelable avec pour objectif d’atteindre les 90% d’ici à 2025. Nous sommes très bons à ce niveau, notamment dans le domaine de la recherche. Nous sommes forts d’une technologie que nous nous devons de partager avec les pays moins avancés dans ce domaine, surtout dans la zone Pacifique où il existe notamment un potentiel important pour développer l’énergie solaire. Notre contribution dans la lutte contre le dérèglement climatique ne doit pas forcément être financière, nous pouvons aussi soutenir la cause en partageant les résultats de nos recherches.

Selon toi, qu’est-ce que la jeune génération peut apporter à ce débat sur les changements climatiques et leur impact sur les droits de l’homme ?

PNGContrairement à nos parents, nous avons grandi avec les notions de changement climatique et de protection de l’environnement sur fond de mondialisation. Nous sommes avant tout des citoyens globaux qui voulons vivre dans un monde plus sûr sans subir les conséquences à répétition du changement climatique.

Avec la COP21 qui se prépare, c’est le moment ou jamais pour nous de nous engager. Il est vrai que l’ensemble des processus internationaux ne sont pas toujours faciles à comprendre : ils font appel à une terminologie très technique. C’est pour cela qu’un groupe d’étudiants de Victoria University a créé le site internet Deconstructing Paris – analysing the COP 21 Draft Text auquel j’ai contribué cette année. Ce projet vise à rendre le langage de la COP21 plus simple et accessible à tous.

LabCitoyen va justement te permettre d’échanger avec d’autres jeunes d’horizons et de perspectives très différentes. Qu’espères-tu retirer de cet échange ?

Le plus important pour moi est de créer de vraies connections avec ces autres participants. Je veux comprendre les pays d’où ils viennent, leurs cultures et les problématiques auxquelles ils sont confrontés.

Un groupe Facebook a été créé de manière à ce que nous puissions déjà échanger. L’une des participantes, originaires de Gaza y a écrit qu’elle espérait pouvoir venir mais que la difficulté pour elle sera de pouvoir sortir du pays. C’est quelque chose auquel je n’avais pas pensé. Je suis l’actualité bien sûr mais dans ce cas précis, je suis confrontée à une réalité que je ne connais pas. J’espère pouvoir discuter aussi d’autres participants avec lesquels je partage des intérêts et des valeurs similaires.

En tant que Néo-Zélandaise, que penses-tu pouvoir apporter aux débats menés lors du programme ?

Lors des éditions précédentes, il n’y avait pas de représentant des Etats insulaire du Pacifique. Je souhaite donc pouvoir parler au nom des étudiants de cette région du monde. J’estime que mon pays doit affirmer sa responsabilité de leader dans le Pacifique et en tant que représentante de la Nouvelle-Zélande, je veux assumer pleinement ce rôle.

L’environnement physique constitue une part importante de notre identité nationale et cela doit perdurer pour les générations à venir. J’ai grandi à côté de la mer alors le changement climatique n’est pas seulement un problème politique pour moi, c’est aussi un problème qui me touche personnellement.

Dans quelques mois, en décembre, aura lieu à Paris la 21ème conférence climat (COP21). Comment la Nouvelle-Zélande peut-elle contribuer au succès de cet important événement ?

Pour moi la première contribution, c’est déjà de prendre part à la COP21 et de promettre de réduire nos émissions de gaz à effet de serre dans un cadre régulé par le droit international. Il faut que tous les pays agissent. En ce qui concerne la Nouvelle-Zélande, il est impératif que nous prenions nos responsabilités, si nous souhaitons garder notre réputation de citoyen global responsable.

J’ai participé à la rédaction de la proposition du groupe d’action environnementale de Victoria University dans le cadre de la consultation publique nationale pour la contribution de la Nouvelle-Zélande à la COP21. Nous appelons à ce que les autorités néo-zélandaises acceptent la réalité du dérèglement climatique, qu’elles présentent une réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’elles soutiennent financièrement mais aussi technologiquement l’adaptation des pays en voie de développement qui eux aussi doivent pouvoir bénéficier du droit au développement, comme c’est inscrit dans le droit international.

Mais ce n’est pas seulement une question politique, il faut aussi penser à notre avenir ! Pour moi, c’est très simple : nous n’avons plus le choix ! Il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est agir. Je suis consciente que ce ne sera pas facile mais comme a dit Ban Ki Moon : « Il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B. »

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Dernière modification : 15/11/2015

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