Le Quesnoy - La Nouvelle-Zélande : Des liens fraternels

I - LA LIBERATION PAR LES NEO-ZELANDAIS ET LA RECONNAISSANCE ETERNELLE DES QUERCITAINS

Quelques jours avant l’armistice, le 4 novembre 1918, une petite ville du Nord de la France, Le Quesnoy, était libérée de quatre années d’occupation allemande par les forces néo-zélandaises. La ville était tenue par 1 500 Allemands qui refusaient de se rendre. 400 soldats de la division néo-zélandaise ont été blessés, dont 93 sont décédés, et dont 65 sont enterrés dans le cimetière du Quesnoy.

Cette libération reste toujours vivace dans la mémoire des Quercitains et....à l’autre bout du monde.

Voici le récit de la bataille vécue par le Lieutenant Harry Selwyn Henrick, de la New Zealand Rifle Brigade, transmis par ses descendants à la ville de Le Quesnoy.

Récit d’un soldat kiwi

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« La ville est entièrement ceinturée d’un rempart, consistant en une massive muraille de briques, de 12 à 15 mètres de haut, et, à l’extérieur, d’un grand fossé de deux cents mètres de large dans lequel on a construit, à intervalles réguliers, des bastions de défense en briques d’une douzaine de mètres de hauteur, surmontés d’arbres et de brousailles.

Ces îlots, malgré leur construction de longtemps antérieure aux armes modernes, offraient un point de vue stratégique et un couvert aux Allemands équipés de mitrailleuses. Les habitants de la ville comptaient le plus souvent rester chez eux, à la maison ou dans la cave, tandis que avancions pour la bataille finale.

Le projet général de la bataille

Le plan de campagne général des divisions des Néo-Zélandais prévoyait d’encercler la ville et d’avancer d’à peu près huit kilomètres. La brigade armée de Nouvelle-Zélande devait prendre la ville pendant que sa cousine, la première brigade d’infanterie de Nouvelle-Zélande manoeuvrait autour de la ville, poursuivant par là sa progression jusqu’à la ligne de front.

Notre premier objectif consistait au suivi d’une ligne de chemin de fer, parallèle à notre front, assez proche de la ville et fermement tenue par l’ennemi. Notre progression était couverte par un barrage d’artillerie mobile, mais celui-ci fut stoppé net par les rempart et, aussi, par le fait qu’il y avait des civils dans la ville. Néanmoins vers 5h30 du matin, notre artillerie bombarda les murs et les défenses extérieures de la ville, avancèrent au moyen de charges de pétrole en feu projetées avec des canons spéciaux, fichés dans le sol. La charge, déclenchée électriquement, explosait en une boule de feu au moment de l’impact, ce qui occasionnait une véritable terreur dans les rangs des défenseurs.

On ne peut guère affirmer que ce bombardement de pétrole en feu cause de grosses pertes à l’ennemi, mais ce qui est sûr, c’est que le moral de celui-ci en fut affecté. Ce fut un spectacle dantesque que de voir les mitrailleurs allemands s’activer frénétiquement en haut des remparts, leurs silhouettes se détachant parfaitement sur fond de muraille de flammes. Et je n’ai plus jamais entendu parler, depuis lors, d’une belle forme de bombardement. Je n’ai jamais entendu dire, non plus, qu’une telle sorte de bombardement ait été utilisée, depuis lors et ailleurs.

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Après qu’elle eut mis la main sur le tronçon de ligne en question, notre compagnie cessa momentanément les hostilités pour porter secours aux victimes et renvoyer les prisonniers. Après avoir enregistré quelques pertes, les compagnies de pointe du 4ème bataillon arrivèrent au pieds des remparts.

Après beaucoup d’hésitations, on s’aperçut qu’en plaçant l’échelle rescapée sur un mur étroit qui recouvrait en un endroit le fossé intérieur, celle-ci atteignait tout juste le haut du rempart principal. Quant elle fut dressée pour la première fois, les Allemands en interdirent l’usage en lançant de nombreuses bombes « bâtons » liées ensemble à la façon d’un fagot.

Pendant ce temps là, le capitaine Wapier, officier d’Auckland, spécialisé dans le tir de mortier, bombardait le haut des remparts avec des mortiers spéciaux, alors que nous autres, gens de l’infanterie, entretenions un tir nourri avec des fusils « Lewis » et des carabines. Sous le couvert de ce feu, le second Lieutenant Averill, aidé par le second Lieutenant Kerr et sa section, escaladèrent l’échelle et ne tardèrent pas à parvenir au sommet et même à entrer en ville, sous les yeux ébahis des Allemands surpris par une telle rapidité. Ces derniers se réfugièrent dans des trous creusés dans le sol, car ils savaient ce qui se passait (ils étaient conscients de la situation). Le reste de nos troupes, conduit par le Capitaine Officier , escaladèrent le rempart aussi vite que le permettait les fusils « Lewis », les munitions et autres matériels.

Nos premières préoccupations en entrant dans la ville furent d’encercler et désarmer les prisonniers, d’éteindre les foyers -en effet des étables étaient en feu avec des chevaux à l’intérieur- et d’ôter les mines et les pièges à homme. Un des Allemands s’avéra être l’officier payeur... il avait sur lui l’équivalent de la paie de deux semaines pour toute la garnison. A ce moment là, il ne vint pas à l’esprit d’aucun d’entre nous, qu’en l’espace de quelques semaines nous serions en Allemagne où nous recevrions notre paie en marks, on se fit donc passer des billets de banque en marks pour le souvenir, certains même servirent à allumer nos pipes.

Les civils du Quesnoy étaient depuis quatre ans sous domination allemande et leur joie explosa littéralement. Leur bonheur d’être libérés faisait plaisir à voir. Nous étions couverts de boue, fatigués et marqués par les affres de la bataille. Mais tout le monde, femmes, vieillards, enfants et même les Petites sœurs des pauvres sortaient des caves pour venir à notre rencontre en riant et en criant, ils nous envoyaient des baisers, des fleurs et même de la nourriture.

C’est le 4ème bataillon qui était entré le premier en ville... mais le second bataillon marqua un point quant il vint ave son propre orchestre. Quant les drapeaux tricolores apparurent et qu’on joua « La Marseillaise » dans le square, la plupart des vieux pleurèrent sans retenue.

Ainsi pris fin notre dernière intervention. Elle attira d’avantage l’attention que ne l’avait fait les batailles précédentes, car elle était unique à beaucoup d’égard : attaque d’une vielle ville fortifiée occupée par des civils ; bombardements au pétrole enflammé : utilisation d’échelles pour gagner les remparts ; tout cela faisait un curieux mélange : une guerre à la fois moyenâgeuse et moderne. Le résultat était bien mieux que satisfaisant.

Tout cela, c’était bien davantage que la conquête de 600 mètres de terrain boueux et troué d’obus à Passchendaele, surtout quant on pense que l’ensemble de la manœuvre n’a coûtée la vie d’aucun civil ! »

II - PORTRAIT DU LIEUTENANT AVERILL, HEROS PARMI TANT D’AUTRES

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Né en 1897, le Lieutenant Averill s’est distingué lors de l’assaut de Bapaume en août 1918, ce qui lui valut la Croix de Guerre.

Mais c’est avec la libération du Quesnoy que son nom entre dans l’histoire. Durant cet épisode, il fut en effet le premier homme à gravir les remparts à l’aide d’une simple échelle.

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Pour rendre hommage à son courage exemplaire, la ville le nomme Citoyen d’Honneur en 1968 et la France le nomme en 1973 Chevalier de la Légion d’Honneur.
C’est en 1981 qu’il s’éteint à Christchurch.

III - LA DOUBLE INAUGURATION DES MONUMENTS DU BEFFROI ET DES REMPARTS, LE 14 JUILLET 1923

Après la Première Guerre mondiale, les deux monuments aux morts, français, près du beffroi, et néo-zélandais, dans les remparts, furent inaugurés le même jour, le 14 juillet 1923.

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Cette double cérémonie eut lieu en présence du Maréchal Joffre, de Lord Milner, représentant le gouvernement anglais, de Sir James, Haut-Commissaire de la Nouvelle-Zélande et du Général belge Collyns.

Les deux monuments ont été sculptés par Félix Desruelles ; le monument dédié aux soldats néo-zélandais sur un modèle de M. A.R. Fraser, sculpteur néo-zélandais.

Le Maréchal Joffre arrivé en matinée dans la région, s’arrêta tout le long du chemin, pour déposer des gerbes de fleurs aux monuments dédiés aux soldats morts pour la patrie, avant d’arriver au Quesnoy.

La longue cérémonie d’inauguration fut ponctuée de nombreux discours, des hymnes nationaux français, anglais et belge et de la remise de la Croix de Guerre à la ville de Le Quesnoy.
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Le monument dédié aux soldats néo-zélandais est un bas relief sur lequel figurent plusieurs éléments symboliques :

- des soldats franchissent la muraille de la cité des chênes à l’aide d’une échelle,
- une femme ailée symbolise la liberté,
- la palme, tenue par la femme ailée et dirigée vers les soldats, symbolise la victoire
- les croix, en bas à gauche, montrent qu’il y a eu de nombreux morts durant cette journée,
- une épitaphe rend hommage aux soldat néo-zélandais
- au pied du mémorial, ont été plantées des fougères, emblême de la Nouvelle-Zélande,
- de chaque côté du monument, on peut distinguer les emblêmes de la Nouvelle-Zélande et du Quesnoy.

IV - LES EMPREINTES DES NEO-ZELANDAIS SUR LE SOL QUERCITAIN

Depuis la victoire du 4 novembre 1918, le passage des Néo-Zélandais au Quesnoy est marqué par de nombreux éléments qui font référence à ses libérateurs :

- le mémorial
- la porte d’honneur des Néo-Zélandais
- le jardin du souvenir
- l’avenue des Néo-Zélandais
- une rue et une école maternelle portent le nom du Dr Averill
- le jumelage de la ville de Le Quesnoy avec la ville de Cambridge (Waikato)

Il est également à noter que lors des batailles, les soldats de l’Empire Britannique n’étaient pas rapatriés chez eux lorsqu’ils mourraient à l’étranger. C’est la raison pour laquelle ils sont enterrés dans les cimetières du Commonwealth et dans des cimetières environnants du Quesnoy. 65 soldats de la Division néo-zélandaise sont enterrés dans le cimetière du Quesnoy.

Malgré les nombreux kilomètres qui séparent la France de la Nouvelle-Zélande, les liens restent très forts. Le Quesnoy reçoit régulièrement des Néo-Zélandais qui se rendent au mémorial et au cimetière.
Le Lieutenant Averill, qui était le premier à passer au dessus des remparts, s’est rendu à plusieurs reprises au Quesnoy et maintenant c’est son fils, Colin Averill qui assiste aux cérémonies.
De plus chaque année, une délégation de l’Ambassade de Nouvelle-Zélande vient assister aux cérémonies de l’Anzac Day, qui célèbre la mémoire des combattants, et celles du 11 novembre.

Tous ces éléments montrent que les soldats néo-zélandais ont marqué pour toujours l’histoire de notre pays. Pour les remercier du haut fait d’armes qu’ils ont réaliser, la ville du Quesnoy a offert pour toujours aux Néo-Zélandais une partie des remparts, celle qui se trouve en face du Mémorial. Lorsque vous êtes au Mémorial, vous vous trouvez donc, en quelque sorte, en Nouvelle-Zélande.

Dernière modification : 23/02/2011

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