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Les Belles Etrangères : lisez-les en français !

Les Belles Etrangères sont l’occasion de rencontres avec les auteurs mais aussi de publications de leurs oeuvres en français et attirent souvent un intérêt pour la littérature du pays en général, dont bénéficient des auteurs "en dehors" des Belles Etrangères.

Brèves n°79 - Collectif Trois écrivains français ouvrent le bal sous le signe de l’humour. Cinq écrivains néo-zélandais nous introduisent ensuite au cœur de leur littérature, invitée cette année en France par Les Belles Étrangères.Un ensemble d’articles autour de Katherine Mansfield et de Janet Frame nous donne à voir quelques belles figures du « pays du long nuage blanc ». Avec des nouvelles de Cyrille Fleischman, Marie-José Bertaux, Benoît Jeantet, Janet Frame, Fiona Kidman, Patricia Grace, Owen Marshall, Frank Sargeson Dossier Nouvelle-Zélande Au pays des mots, par Claire Julier Aotearoa, par Jean Anderson La comète comme outil stylistique, par Christiane Rolland Hasler Histoires d’eaux, par Christiane Rolland Hasler Entretien avec Nadine Ribault à propos de Janet Frame Katherine Mansfield, par Hubert Haddad Actualité de la nouvelle (notes de lecture et critiques - De la misogynie des Goncourt - Nouvelles de Madagascar - Voyages en Corée)

Les Hommes fanés, d’Owen Marshall (Rivages, traduit de l’anglais par Céline Leroy) Une réflexion subtile sur la décomposition de l’espèce. Une nouvelle maladie, des symptômes étranges, un hôpital construit en pleine nature : David Stallman n’en sait pas plus lorsqu’il arrive, son sac sur l’épaule, pour occuper un poste de surveillant au Centre Slaven. Nul ne doit ébruiter ce qui se passe à l’intérieur des murs et menace l’ensemble de la population : les patients souffrent d’une maladie neurologique étonnante. Hypersensibilité, capacité musculaire décuplée, comportement violent, odorat surdéveloppé : c’est l’homme primitif qui ressurgit lorsque surviennent les crises. Réunis de façon improbable, David, l’ensemble du personnel et les malades organisent la survie. Certains se réfugient dans le passé, d’autres s’adonnent à l’amour, la plupart participent aux tournois de volley-ball avec un sérieux qui confine au désespoir. Pendant ce temps, à l’extérieur du Centre, la végétation persiste. Obsédante, foisonnante, obscène presque. Une oeuvre d’imagination dense, lente et luxuriante.

Électrique cité, de Patricia Grace (Au Vent des îles - Littératures du Pacifique, 2006, trad. de l’anglais par Jean Anderson et Anne Magnan-Park)

Si le premier récit de ce recueil met en scène une vieille femme apparemment impotente, préoccupée par les détails banals de la vie quotidienne, il se clôt sur la révélation du mana (statut, rang) de Waimarie, à la mâchoire forte rappelant celle de l’ancêtre puissante de Maui, demi-dieu qui, armé de cet os, blessa le soleil et lui fit ralentir sa course à travers le ciel, acte qui permit à toute la race humaine de sortir de l’ombre pour mieux vivre.

C’est sur ce fond de mythologie et de métaphore qu’il convient de lire les nouvelles d’Électrique cité. Les petits péchés de deux fillettes, la construction d’un mur, un après-midi de jeux, l’arrestation d’un jeune homme naïf, une journée de pêche, ou un séjour à l’hôpital, ce sont des aperçus de vie menées parfois dans les ténèbres, mais où perce malgré tout une chaleur humaine.

Les yeux volés, de Patricia Grace, trad. Jean Anderson et France Grenaudier-Klijn (Au vent des îles - Littératures du Pacifique, 2006)

Un bébé meurt dans un accident de voiture. Son corps perdu est retrouvé dans une poubelle de l’hôpital. Mais il est sans yeux. Pour la famille réunie autour de la mère Te Paania qui vient de perdre son enfant et son mari, ce fait déclenche une réflexion troublante sur leur parcours historique et sur tout ce qu’on leur a volé : langue, terres, culture, histoire et même leurs gènes.

Le festival des miracles, d’Alice Tawhai (trad. Mireille Vignol, Au Vent des îles, 2006)

Dans un style poétique et original, entrecoupé de langue maori et de vie maori, les personnages hétéroclites et souvent marginaux d’Alice Tawhai s’évadent de leur réalité par un imaginaire qui ne connaît aucune frontière, et n’est pas sans évoquer le « réalisme magique » de la littérature latino-américaine.

Solidement ancré en Nouvelle-Zélande, ce recueil est forcément et parfois fatalement maori, mais comme le pays, il est peuplé de personnages d’horizons divers. Chaque nouvelle est habilement construite et truffée de variations subtiles sur un même thème.

Alice Tawhai a été à juste titre comparée à son illustre compatriote Janet Frame : son écriture éveille les sens, émeut et nous transporte dans une Nouvelle-Zélande bien loin des clichés et bien proche du miracle.

Les lumières du bout du monde, Vincent O’Sullivan, Editions Joëlle Losfeld - Littérature étrangère, trad. Francis Kerline, 2006

Kate Cooper est une jeune fille de la petite bourgeoisie anglaise. Elle vit avec sa grand-mère, son oncle et sa cousine. Sa grand-mère, une sorte de bigote, s’exprime par sentences religieuses toujours "guidées par le doigt de Dieu" selon son expression. Kate s’en fiche de Dieu. C’est une belle jeune fille à la chevelure impressionnante. Lorsque sa cousine tombe malade, elle croise à son chevet le Docteur (toujours nommé ainsi tout le long du roman). Cette rencontre décisive la désignera à son destin. Vincent O’Sullivan, un spécialiste de Katherine Mansfield, est poète, nouvelliste, romancier et dramaturge.

En attendant Rongo / Waiting for Rongo (bilingue), de Vincent O’sullivan, (trad. Anne Mounic, Editions L’Inventaire, 2006)

Cette voute de si pur respire/ That vault of such pure breath, de Vincent O’sullivan, (Editions L’Inventaire , trad. Anne Mounic, 2006)

Passage de Vénus, de Rowan Metcalfe, (Au vent des îles - Littératures du Pacifique, trad. Henri Theureau, 2006)

Ce roman historique relate des épisodes de l’époque des contacts à Tahiti entre les navigateurs anglais et les Polynésiens. Il raconte l’histoire de Mauatua, ancêtre directe de l’auteure, une des vahinés que les mutins de la Bounty emmenèrent avec eux à Pitcairn en 1790. Il montre une société polynésienne cruelle, chargée d’histoires de famille, d’intrigues locales nées du passage des Blancs.

Rowan Metcalfe, descendante directe de Mauatua, une des vahiné que les mutins de la Bounty emmenèrent avec eux à Pitcairn en 1790, brosse dans ce roman historique un tableau foisonnant, émouvant et souvent cruel de la vie de son ancêtre : petite fille, elle avait été fascinée par le capitaine Cook ; adulte, elle sera séduite par Fletcher Christian qui l’emmènera jusqu’à « la limite des nuages » dans une terre promise où le bonheur n’aura qu’un temps. Mauatua ne reviendra à Tahiti qu’en 1831 pour y voir mourir une partie de sa descendance.

Le baiser de la mangue, d’Albert Wendt, (Au Vent des îles, trad. de l’anglais par Jean-Pierre Durix, 2006)

A l’aube des années 1890, alors que les missionnaires commencent la conquête des âmes en Polynésie, Mautu, pasteur à Satoa, se prend d’amitié pour un écumeur des mers anglais, athée, échoué sur les côtes. A travers ce récit qui retrace la vie d’une famille samoane, l’auteur met en scène cinquante années durant lesquelles l’archipel passe de la domination allemande à celle de la Nouvelle-Zélande.

Rescapée, de Fiona Kidman, (Sabine Wespieser Editions, trad. Stéphane Camille, 2006)

Quand elle débarque à Sydney en 1834, après plusieurs mois de captivité chez les Maori, Betty Guard est accueillie comme une héroïne. Mais la ville bruisse de rumeurs sur sa miraculeuse survie et sa libération violente. On la soupçonne des pires abandons avec ses ravisseurs, qui n’auraient pas dû lui laisser la vie sauve… Betty avait épousé, alors qu’elle n’avait que quatorze ans, John Guard, un ancien prisonnier anglais déporté en Australie où il était devenu baleinier. John emmena sa femme en Nouvelle-Zélande : ils vécurent plusieurs années de la chasse à la baleine et du commerce avec les indigènes, heureux et solitaires, dans la baie où il avait construit leur maison. C’est au retour d’un voyage à Sydney que leur bateau fit naufrage et que Betty fut enlevée avec leurs deux enfants. Et quand enfin les bateaux de la marine anglaise venus les libérer accostèrent, les négociations se soldèrent par un massacre de Maori. Au fil du roman, les voix alternées des protagonistes élucident les circonstances du drame, levant le voile sur les conditions de détention et sur les raisons d’une issue aussi sanglante. Dans son journal de bord, dont on lit des extraits datant de 1826 à 1836, John Guard, homme violent et très amoureux de sa femme, raconte son combat pour la libération de sa famille et laisse entrevoir le doute et la jalousie qui le rongent. Quant à Betty, elle confie à son ancienne institutrice, une vieille fille victorienne pudibonde qui deviendra son seul soutien, la réalité complexe de son aventure… En s’inspirant d’événements réels, Fiona Kidman donne vie au drame intime d’un couple au coeur de la tourmente tout en déployant une intrigue haletante avec, en arrière-plan, un pays en pleine construction.

Salle d’embarquement, de Chad Taylor, (Christian Bourgois Editeur, traduction Isabelle Chapman, 2006)

Mark Chamberlain est un cambrioleur : il s’introduit chez les gens par effraction, visite les lieux comme s’il cherchait à s’en imprégner et y dérobe tout ce qu’il sera en mesure de revendre. Une extraordinaire découverte au cours d’une de ces visites nocturnes le replonge dans son passé, un passé dont le mystère s’épaissit lorsqu’un message énigmatique est déposé à son propre domicile. Qu’est devenue Caroline May, la blonde camarade de classe de Mark, disparue de chez ses parents sans laisser de trace ni à Auckland ni nulle part ailleurs sous le ciel de Nouvelle-Zélande ? L’inspecteur Harry Bishop, à qui est confiée l’enquête, va-t-il, vingt ans après, déchiffrer tous les indices et trouver enfin la solution de cette énigme qui a contribué à faire de lui un alcoolique ? La jeune fille disparue a-t-elle péri en Antarctique dans une catastrophe aérienne ? Faut-il attribuer à ce traumatisme la vocation étrange de Mark Chamberlain, voyeur-cambrioleur ? L’auteur s’est inspiré d’un fait réel, une des catastrophes aériennes les plus meurtrières de l’Histoire. Comparé à Russell Banks et Paul Auster pour ses personnages humains et ses histoires sophistiquées, Chad Taylor est un maître de l’atmosphère.

L’Epouvantail de Ronald Hugh Morrieson, (Editions Rivages - Rivages noir, trad. Jean-Paul Gratias, 2006)

"C’est au cours de la même semaine que nos poules furent volées et que Daphné Moran eut la gorge tranchée". Ainsi commence le chapitre le plus sombre de l’histoire de Klynham. Dans la Nouvelle-Zélande des années trente, cette petite ville paraît couler des jours paisibles. Jusqu’à l’arrivée de l’épouvantail, un géant, un magicien, qui se lie bientôt avec le croque-mort alcoolique et libidineux. Pour le narrateur, Neddy, quatorze ans, cet étranger est fascinant, presque autant que les jambes de sa voisine lorsqu’elle passe devant chez lui à bicyclette. La présence de ce mystérieux personnage va s’accompagner d’une série d’évènements dramatiques- morts suspectes, disparitions, incendies- qui vont bouleverser la vie de Klynham. Chronique pleine de vitesse, mais aussi roman noir, l’épouvantail possède le charme vénéneux de la nuit du chasseur. Ce livre envoûtant est l’œuvre d’un néo-zélandais qui écrivit peu et resta méconnu dans son propre pays. C’est l’Australie qui le tira de l’obscurité, ainsi que le cinéma, puisque l’épouvantail fit l’objet d’un film avec John Carradine.